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Une notion des choses

Une notion des choses - Bonnie Macias

Il m’arrivait de temps en temps, d’aller attendre ma mère à la clinique d’esthétique où elle travaillait. Nous partions ensemble le samedi pour passer le week-end à la  campagne. C’était la seule chose qui lui redonnait de l’énergie après une semaine très chargée. Seulement, pour des raisons d’hygiène, je n’avais plus le droit d’accéder à l’intérieur des salles de la clinique. Il me fallait trouver un bon fauteuil, et jeter un coup d’œil sur tout ce qui traînait sur les tables avant que cette chère maman n’arrive, pour partir enfin. J’avais certainement dû lire des centaines de fois, toutes leurs publicités, et tous leurs pamphlets concernant les produits esthétiques, ainsi que toutes les possibilités de chirurgie qui se faisaient dans cette clinique. Pour la première fois, je tombais sur un nouveau pamphlet parlant de Juvederm. C’était apparemment un produit révolutionnaire qui permettait aux femmes de regagner la beauté de leurs visages alors qu’elles avaient 20 ans. Ma mère arrivait au moment où j’avais le nez sur une de ces publicités. Elle paraissait complètement éteinte, et semblait avoir besoin d’une bonne nuit de sommeil pour retrouver son énergie de la veille seulement.

Après deux heures de route, elle se dirigea directement vers son lit, pour se perdre dans les bras de Morphée jusqu’au matin. J’avais encore deux ou trois heures devant moi avant d’y aller. J’allumais la télé, et feuilletais en même temps, un magazine TV ordinaire. Je tombais quelques instants plus tard sur une publicité parlant encore de juvéderm. Je comprenais tout à coup, que l’on commençait à banaliser les produits esthétiques de ce genre, et qu’il était devenu tout à fait admissible d’en faire la publicité dans des journaux ordinaires à grande diffusion, afin d’inciter le plus grand nombre de personnes à les essayer. Autrefois, il n’était pas rare de trouver jusqu’à 10 pages de publicité pour les crèmes antirides, et autres. Il faut croire que cela ne suffit plus. Il y a une forte volonté, étant donné qu’il y a une grosse manne financière à se faire, d’emmener la plupart vers des solutions plus profondes, pour qui, il est dit plus efficaces. Quoi que je puisse en penser, les gens sont libres de faire leur propre choix. Cependant, il faut savoir de temps en temps de quel côté, on est. Des ignorants ou des avertis. Comment ignorer promouvoir un système qui n’a pour but que de ramener les clients à rechercher un résultat sur un code défini par ce système ? Même les ignorants devraient le savoir.

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